Hommage à Edita Gruberova

Edita Gruberova au Staatsoper de Munich en 2015 (photo Jean Braunstein)



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Le 21 octobre dernier, nous a quitté une des plus grande soprano colorature de notre temps, Edita Gruberova, à l’âge de 74 ans, après une carrière d’un demi siècle, une longévité unique pour une voix de soprano, le registre le plus fragile.

Edita Gruberova est née le 6 décembre 1946 à Bratislava, à l’époque en Tchécoslovaquie et aujourd’hui capitale de la Slovaquie. Dès son enfance, elle chante tout le temps; elle a 10 ans quand une institutrice de son école remarque sa voix déjà exceptionnelle et l’intègre dans une bonne chorale d’enfants. Puis c’est un pasteur qui la fait chanter aux offices et commence son éducation musicale en lui enseignant le piano et le chant. Il la fait entrer ensuite au Conservatoire de Brastislava.

Dès 1968, alors qu’elle a à peine 22 ans, elle fait ses débuts, d’abord par un récital de Lieder à la télévision, puis sur scène dans un théâtre de province où elle chante le rôle de Rosine du Barbier de Séville. En automne de la même elle se présente au concours de chant du Capitole de Toulouse où elle remporte le 3è prix. Enfin, en décembre, elle fait vraiment ses débuts dans le rôle de Violetta, dans la Traviata de Verdi, sur la scène du théâtre de Banska Bistrica, une ville importante de Slovaquie où elle est engagée comme membre permanente. Ce spectacle a été filmé, c’est une rareté, d’autant qu’on y chante enTchèque! Edita, malgré sa jeunesse, est déjà extraordinaire. L’année suivante elle interprète les quatre rôles des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, ce que réalisent peu de chanteuses, car ces rôles demandent des types de voix différents.

En 1970, Edita Gruberova obtient l’autorisation des autorités tchèques de quitter Brastislava pour aller passer une audition au Staatsoper de Vienne où elle chante le rôle extrêmement difficile de la Reine de la Nuit de la Flûte Enchantée de Mozart. Ce rôle elle le jouera 144 fois dans sa carrière sous la direction des plus grands chefs et l’enregistrera trois fois.

En 1971 elle décide de quitter la Tchécoslovaquie communiste, où elle ne supporte plus la privation de liberté et la quasi impossibilité de faire une carrière internationale, ce qui lui vaut une condamnation de deux ans de prison par contumace. Elle n’y reviendra qu’en 1979 avec une tournée de l’opéra de Vienne, où elle s’est installée.

Mais, à Vienne, on ne lui confie que des second rôles. Elle doit encore travailler beaucoup avant d’accéder aux premiers rôles, ce qui laisse le temps à sa jeune voix de mûrir à un rythme normal pour ne pas l’épuiser et se retrouver à 45/50 ans avec de gros problèmes comme cela arrive souvent aux chanteuses qui ont des débuts fulgurants. Ceci explique peut-être en partie la longévité de sa carrière. Mais cette période fut difficile pour elle. Elle travaille très dur avec des professeurs de chant réputés. Et en 1973, elle est prête à interpréter le personnage de Zerbinetta d’Ariane à Naxos de Richard Strauss, un rôle pour soprano léger colorature d’une difficulté extrême. La même année, elle est la Reine de la Nuit au Festival de Glyndebourne et chante en concert au Royal Albert Hall de Londres.

En 1974 Herbert von Karajan la demande pour une nouvelle production de la Flûte Enchantée au Festival de Salzbourg où elle remporte un succès fou. Puis à Vienne elle donne son premier concert de Lieder, genre dans lequel elle excelle aussi, puis elle aborde le rôle titre de Lucia di Lamermoor de Donizetti.

En 1976, elle obtient un triomphe incroyable en interprétant à nouveau Zerbinetta à Vienne sous la direction du grand chef Karl Bohm, qui a connu Richard Strauss et qui a regretté que le compositeur n’ait pas eu la chance d’entendre Edita Gruberova! De nombreux spécialistes considèrent qu’elle est la plus grande Zerbinetta de tous les temps. Elle chantera ce rôle 200 fois!

Sa carrière s’envole. Elle fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York. Mais elle n’y donnera qu’une vingtaine de représentations, car elle n’aime pas prendre l’avion et se sent mal à l’aise dans les grandes métropoles modernes. Elle préfère le train et les villes européennes, surtout Vienne, Munich, Berlin, Barcelone, Madrid, où elle s’est beaucoup produite, mais aussi à Milan ou Zurich. Cependant elle ira quand-même au Japon où elle est très connue. Par contre elle chantera très peu en France.

Elle aborde tous les grands rôles du bel canto romantique: Lucia, Anne Boleyn, Marie Stuart, Roberto Devereux de Donizetti; Les Puritains, La Somnanbule, les Capulet et les Montaigus de Bellini, essentiellement des rôles dramatiques.Avec le chef autrichien Nikolaus Harnoncourt, elle chante dans plusieurs opéras de Mozart qu’elle affectionne particulièrement. Elle fait une petite incursion chez Verdi en interprétant Gilda dans Rigoletto aux côtés de Luciano Pavarotti, et chez Massenet avec Manon.

A 60 ans elle commence à chanter des rôles plus lourds comme Lucrèce Borgia de Donizetti ou Norma de Bellini. Son interprétation du « Casta diva » de Norma est extraordinaire. Après 40 ans de carrière elle possède toujours la même maîtrise de sa voix et elle a soutenu un pianissimo pendant 20 secondes, ce qui est incroyable et lui a valu 35 minutes de rappel.

En 2019 elle chante le dernier opéra de sa carrière à Munich, Roberto Devereux de Donizetti et elle met définitivement fin à un demi siècle de carrière dans un dernier récital, une longévité unique pour une soprano.

Edita Gruberova possédait une voix exceptionnelle, une voix de soprano léger colorature assez atypique, avec la légèreté et l’agilité incroyable, mais sans la fragilité inhérente à ce registre. Elle avait une tessiture plus large, une technique phénoménale et une puissance de souffle stupéfiante qui lui permettait de vocaliser avec une rapidité, une agilité et une précision rarement entendue jusque là, et d’atteindre des aigus stratosphériques (contre-sol) avec des sons filés jusqu’à la limite de l’audible, tout cela avec une facilité apparente déconcertante et sans crier. L’émission vocale était aussi puissante de la note la plus basse à la plus aigüe. Mais elle était bien sûr capable des nuances les plus subtiles.

J’ai eu la chance de voir Edita Gruberova au festival de Munich en juillet 2015 dans le rôle d’Elisabeth 1ère d’Angleterre dans l’opéra de Donizetti, Roberto Devereux. Je la connaissais très peu, et j’ai été stupéfaite et fascinée par cette voix unique et par sa capacité à jouer ce rôle tragique, en particulier la scène finale de la folie. Elle avait alors 68 ans.

Edita Gruberova fut une des chanteuses les plus applaudies en particulier à Vienne et Munich. Elle était d’une grande simplicité et toujours disponible pour ses nombreux admirateurs. Elle avait un lien très fort avec son public, j’ai pu le constater après la représentation de Roberto Devereux à Munich. Alors que la salle s’était vidée, un petit groupe d’admirateurs continuaient à l’applaudir et à la réclamer, et elle est réapparue sur scène je ne sais combien de fois. C’était très émouvant.

Annie Braunstein

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Une vie parisienne éblouissante à l’opéra de Rouen Normandie

Les opéra-bouffe d’Offenbach se font assez rares à Rouen. Nous avons eu les Contes d’Hoffmann il y a 7 ans, mais il s’agit d’un véritable opéra, « fantastique », comme le précise Offenbach. Plus récemment Thomas Jolly nous a proposé une très belle mise en scène de Fantasio, un opéra-comique plein de mélancolie et qui n’a rien à voir avec un opéra-bouffe. Je me souviens vaguement d’une Belle Hélène donnée il y a plus de 20 ans avec une mise en scène amusante mais des voix un peu justes. Quant à la Vie Parisienne, elle fut donnée en 1990, donc il y a longtemps!

J’aime beaucoup les œuvres d’Offenbach et j’attendais avec impatience cette Vie Parisienne. Et cela valait la peine d’attendre 30 ans pour que ce soit le grand Christian Lacroix qui s’attèle à la tâche. Notre grand couturier travaille depuis un bon moment pour l’opéra, essentiellement pour les costumes. Mais cette fois il a tout fait, la mise en scène, sa première, les décors, les costumes et il a même imaginé les coiffures! On n’en doutait pas, Christian Lacroix est un artiste-créateur complet.

La Vie Parisienne est avant tout une fête du Second Empire, et Christian Lacroix n’a pas voulu en faire une relecture contemporaine ou engagée (je dirais égoïstement pour mon plus grand bonheur, mais aussi pour celui de l’énorme majorité des spectateurs). Il reste très fidèle à l’esprit d’Offenbach et de l’époque, tout en créant un décor et des costumes très personnels qui évoquent le Second Empire, sans en être des copies. Et on n’est pas tout à fait en 1866.

Pour un coup d’essai cette mise en scène est vraiment un coup de maitre. Christian Lacroix nous a concocté une fête permanente, un véritable feu d’artifice de couleurs, de lumières ,de joie, d’humour avec une effervescence constante qui nous tient en haleine tout au long du spectacle, sans un moment de répit, on ne s’ennuie jamais, malgré la longueur du spectacle; on n’a même pas le temps de tout saisir, même quand on y retourne une seconde fois. C’est d’une foisonnance incroyable, et toujours d’un grand raffinement mais Christian Lacroix a su glisser quelques moments de mélancolie, malgré tout. Gageons qu’Offenbach aurait adoré cette mise en scène. De plus, les acteurs-chanteurs débordent d’énergie et Christian Lacroix les dirige avec une précision remarquable, rien n’est laissé au hasard.

Pour moi le maitre mot de cette mise en scène est la couleur. Le décor est très beau, très coloré. Il s’agit d’un décor unique et très original composé d’éléments métalliques dont un ascenseur rouge qu’empruntent certains personnages pour rejoindre la scène, ce qui leur permet une arrivée remarquée et émerveille le baron danois et son épouse qui trouvent Paris vraiment très moderne ! Il suffit de quelques toiles peintes qui descendent du « ciel » et de quelques meubles hétéroclites pour passer du hall de la gare Saint-Lazare au salon de l’hôtel particulier de Gardefeu, par exemple. Ce décor est très bien mis en valeur et en couleurs par les superbes éclairages de Bertrand Couderc. Les changements de décor se font sans baissé de rideau, avec quelquefois les chanteurs et danseurs qui font le déménagement avec quelques entrechats, c’est très drôle!

Les danseurs participent à cette effervescente gaité et font partie intégrante de l’histoire avec des chorégraphies souvent très amusantes et dans des styles variés allant du french-cancan au hip-hop, mais toujours en accord avec la musique et le texte, et portant des costumes différends à chaque intervention toujours colorés et originaux . Les moments les plus drôles étant quand les travestis, de grands « costauds » rompus à la musculation défilent en tenue très légère et moderne sur: « sa robe fait frou-frou, ses petits pieds font toc-toc-toc »! La salle est écroulée de rire! Autre moment très drôle le french-cancan dansé couché à deux, à la fin du 2è acte.

Les costumes, originaux et absolument magnifiques, sont un mélange d’éléments de l’époque d’Offenbach, des 20è et 21è siècles et d’autres éléments qui n’évoquent aucune époque, tout cela donnant une grande originalité et toujours une esthétique incroyable! Je retiens bien sûr la robe de Métella au dernier acte, rouge avec une très large jupe et des falbalas fuchsia sur le côté, une merveille! ou la robe de Gabrielle au 2ème acte, jupe cloche en satin crème agrémentée de festons marrons avec bustier de la même couleur et d’adorables petites bottines rouges que la gantière porte toujours aux pieds quand elle devient la « veuve du colonel », vêtue d’une extravagante robe noire, éplorée dans les couplets et « veuve joyeuse » » dans le refrain! Je pense aussi au costume vaguement bavarois du bottier Frick avec sa culotte brodée, ou à la robe rouge à volants un peu folklorique avec des broderies vaguement laponnes de la baronne danoise; le plus drôle étant la tenue du baron de Gondremark, venu du glacial Danemark, quand il arrive à la gare Saint-Lazare, avec des « peaux de bêtes » qui lui tombent jusqu’au genou….. En ce qui concerne les chœurs, je retiens, entre autres , les costumes des voyageurs qui arrivent de partout à la fin du premier acte, vêtus de tenues particulièrement originales avec des coiffes parfois extravagantes, tenues toutes très belles et très colorées, voire bigarrées. C’est certain, la couleur est vraiment le maître mot de ce spectacle.

Cette production a utilisé pas moins de 170 costumes réalisées par les ateliers de l’opéra de Liège. Les choristes et presque tous les personnages changent de costumes cinq fois!

Du point de vue musical, ce qui est remarquable c’est la cohérence et le parfait équilibre de la distribution vocale. Il n’y a pas une voix qui dominerait les autres mais un équilibre entre les 14 solistes, qui réagissent comme une troupe qui a toujours travaillé ensemble, tout en gardant leur personnalité. Bien sûr on peut remarquer la belle voix veloutée et profonde d’Aude Extremo (Métella) en particulier dans son air du 4è acte, ou l’agilité et la brillance de Florie Valiquette, Gabrielle, de même que l’aisance et la complicité des deux meneurs de l’histoire, Gardefeu, Flannan Obé, et Bobinet, Marc Mauillon, ou encore la belle voix de baryton capable de beaucoup d’humour, du baron de Gondremarck, Franck Leguérinel.

L’orchestre de l’Opéra Rouen-Normandie mené par le chef Romain Dumas, un habitué d’Offenbach, joue dans cet esprit d’ équilibre et sait s’adapter parfaitement à la puissance des chanteurs, ne couvrant jamais leurs voix. La direction est légère, joyeuse, dynamique et toujours raffinée.

La grande nouveauté de cette Vie Parisienne, c’est que nous avons pu voir la première version, en cinq actes, celle de 1866, alors que c’est toujours la version revue et corrigée de 1873, en quatre actes qui est donnée, car les artistes de l’époque, davantage acteurs que chanteurs ont considéré que de nombreux airs étaient bien trop difficiles à chanter (ce dont je ne doute pas car les airs d’Offenbach demandent souvent une grande agilité vocale, surtout quand ils sont chantés à plusieurs). Donc Offenbach et ses librettistes ont dû accepter de supprimer de nombreux passages, rendant l’intrigue moins compréhensible. Les spécialistes du Palazzetto Bru Zane, centre de musique romantique française, ont fait des recherches très fructueuses car ils ont retrouvé des partitions piano/chant et des éléments orchestraux qui ont permis la reconstitution de l’œuvre dans son intégralité de 1866 avec une quinzaine d’airs supplémentaires. Parmi eux, la lutte vocale de la fin du 2è acte entre les bottiers germaniques qui chantent en allemand (n’oublions pas qu’Offenbach est né en Allemagne) et les gantières marseillaises réclamant de la bouillabaisse, ou encore l’air de Jean le cocher, en réalité le baron danois complètement « gris ».

Le public rouennais s’est montré d’un enthousiasme délirant, les applaudissements et les bravi n’en finissant pas. Lors de la première, en présence de Christian Lacroix et de tous ses collaborateurs, cela s’est terminé par une « ovation debout », ce que j’ai rarement vu au Théâtre des Arts.

Ce spectacle est un chef d’œuvre qui fait vraiment corps avec le chef d’œuvre musical d’Offenbach. On en ressort tout joyeux avec une irrépressible envie de danser le french cancan…ou, à défaut, soyons lucides, la valse, la polka ou encore le galop!

Bravo et merci à tous ceux qui nous ont permis d’assister à ce spectacle exceptionnel!

Annie Braunstein

Ne manquez pas La vie parisienne à l’Opéra de Rouen

Nous avons la possibilité de voir à Rouen un spectacle exceptionnel, la vie parisienne d’Offenbach.

Si vous le manquez à Rouen, vous pourrez le voir en décembre au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, où il sera donné 16 fois. Nous sommes donc les premiers à voir la version originelle de cet opéra-bouffe, retrouvée par les équipes du Palazetto Bru Zane, augmenté de 40% par rapport à la version qui était jusqu’alors donnée. C’est dire que l’on est en présence d’une re-création. Et la mise en scène et les costumes de Christian Lacroix sont magnifiques.

Bravo à toutes les équipes de l’ Opéra de Rouen Normandie !

Prochaines séances vendredi 12 à 20h et samedi 13 à 18h

Jean Braunstein

L’Opéra de Rouen recréée la Vie Parisienne d’Offenbach

La Vie Parisienne fut créée en 1866, mais avec de nombreuses coupures. L’équipe du Palazetto Bru Zane nous restitue l’intégrale de l’oeuvre, soiy 40 % de musique en plus : on peut donc parler de création d’une Vie Parisienne que les Rouennais seront les premiers à voir à l’Opéra de Rouen, avant les représentations parisiennes.

Pour en savoir davantage, deux articles :

Celui de Relikto

https://www.relikto.com/la-vie-parisienne-dans-sa-version-originelle/

Celui de Rouen sur scène

https://rouensurscene.net/2021/10/26/la-vie-parisienne-en-creation-mondiale-a-rouen-155-ans-apres-offenbach/

Ce spectacle est une coproduction Bru Zane France, Opéra Royal de Wallonie Liège, Opéra de Rouen Normandie, Théâtre des Champs-Élysées, Opéra Orchestre National Montpellier Occitanie,
Opéra de Tours, Opéra de Limoges, Palazzetto Bru Zane


Décors, costumes, accessoires et perruques de Monsieur
Christian Lacroix réalisés par les ateliers de l’Opéra Royal
de Wallonie-Liège

Jean Braunstein

A l’opéra de Rouen-Normandie, un Trouvère futuriste et glacé

Autant j’ai aimé la mise en scène de Madame Butterfly donnée il y a 3 ans autant celle du Trouvère réalisée par les mêmes Jean Philippe Clarac et Olivier Deloeuil ne m’a absolument pas conquise, et c’est peu dire!

Avant même que l’orchestre ne joue les premières notes, sur un grand écran est projetée l’image d’un vieillard en très mauvais état dans son lit d’hôpital avec un masque à oxygène sur le visage et différents branchements: on entend des bip et les battements d’un cœur. Cette image a mis mal à l’aise plus d’un spectateur, leur rappelant de douloureux souvenirs, surtout en cette période de pandémie. Les metteurs en scène auraient pu éviter cela. Ce vieillard n’est autre que le comte di Luna hospitalisé (!) en 2070 et qui raconte ce qu’il s’est passé en 2050. Il est vrai que cette transposition dans le futur demande des explications! Donc l’histoire de ce Trouvère futuriste se passe en 2050 dans le Luna Mémorial Center situé à Rouen. Il s’agit d’un centre super high-tech de surveillance de la mémoire des femmes. Pourquoi aller chercher des choses cachées dans la mémoire des femmes et pas dans celle des hommes?? Cela rend doublement pessimiste pour l’avenir où l’on surveillerait les cerveaux, et seulement ceux des femmes!!

Des cerveaux il y en a un certain nombre sur scène quand l’orchestre se met à jouer et que l’écran se lève. Ils sont enfermés dans des sortes d’aquarium/placards transparents, qui servent de murs à un laboratoire vaguement futuriste, blanc et glacial. Deux femmes sont assises sur des sortes de fauteuil de dentiste avec des électrodes sur la tète qui leur envoient du courant ce qui les fait gesticuler comme des électrocutées; en un mot elles sont torturées, ce qui me semble insupportable et même de très mauvais goût. De temps en temps un ou deux écrans se déroulent et on y projette des images parfois très énervantes, par exemple des écrans d’ordinateurs où défilent à toute vitesse les lignes vertes de données. Et que dire des lunettes 3D que portent de temps en temps les personnages attachés sur les fauteuils par des rubans de chantier rouges et blancs…

L’ensemble est glacial, le public semble glacé et applaudit très peu ou pas après les grands airs. J’ai même l’impression que les chanteurs sont aussi gelés! Il y eut pas mal de moments particulièrement ridicules. Par exemple pendant le duel de la fin du premier acte où le comte et Manrico devenu un chef hacker , assis au deux bouts de la pièce, se battent à distance par jeu vidéo interposés, alors que sur l’écran on montre les mêmes se battant vraiment en duel à Rouen en 1582….. Ou pire encore, au début du troisième acte où l’on est à nouveau dans ce laboratoire glacial, un homme d »entretien » passe une cireuse sur le sol pendant un certain temps en zigzagant entre les chanteurs….il est vrai que ça brille! il y a même le panneau jaune en plastique indiquant « sol glissant »! cela fait rire, mais quel est l’intérêt? On est peut-être dans le futur, mais un futur très réaliste qui n’est pas très différent du présent! de toutes façons ce décor est bien trop « terre à terre » et froid pour cette œuvre foisonnante et flamboyante de Verdi. On ne voit pas le rapport entre la musique et l’histoire, d(une part, et ce que l’on voit sur scène, d’autre part, le pire étant la scène finale où le vieillard Di Luna de 2070 arrive sur scène dans son lit d’hôpital à roulettes au milieux des autres personnages qui, eux, sont en 2050….. Si on ne connaît pas bien l’histoire, on ne comprend rien, d’autant que Di Luna chante en 2050! La seule chose à faire est de fermer les yeux et d’écouter les chanteurs et l’orchestre qui nous plongent dans une émotion intense proche des larmes.

Vous l’avez compris je n’adhère absolument pas à cette mise en scène et à ces décors. Mais j’ai aussi un désaccord de fond: Jean-Philippe Clarac et Olivier Deloeuil ont choisi le thème assez banal de la mémoire comme base de leur mise en scène. Pourtant il me semble que le thème du Trouvère est la vengeance, comme il était écrit sur les affiches annonçant le spectacle: « Et Azucena se vengea ».

Il y a quand-même deux scènes réussies à mes yeux. Tout d’abord la 1ère scène du 2éme acte qui se passe dans le camp des Bohémiens transformés pour l’occasion en hackers rebelles habillés de tenues noires vaguement « gothiques », les femmes portant des sortes de jupes de tulle et des coiffes très originales dont trois avec cornes recourbées. Sur l’écran au-dessus de la scène, sont projetées des images de flammes au moment où Azucena raconte le supplice de sa mère sur le bûcher. Mais malheureusement on passe vite à une voiture qui brûle et l’on revient à une réalité prosaïque que l’on n’a pas envie de retrouver quand on va à l’opéra!

Le 2éme moment très réussi est la procession des religieuses toutes vêtues de rouge dans un décor noir, le tout baignant dans une douce lumière rouge avec projection de détails de vitraux sur l’écran… De plus le chœur de femmes à peine soutenu par l’orgue est magnifique…un moment de grâce! Bien sûr cela fait penser à la série « les servantes écarlates ».

D’ailleurs les metteurs en scène se sont inspirés de diverses séries et jeux-vidéo certainement pour se faire plaisir, mais aussi peut-être pour faire « djeun » et plaire à un un public jeune. Mais je pense que ce public ne vient pas à l’opéra pour retrouver en nettement moins bien ce qu’il voient sur les écrans tous les jours et qu’il préfère l’original à une sorte de pâle copie!

En tout cas, que l’on aime ou que l’on n’aime pas, il faut saluer la prouesse technique que représente cette scénographie.

Un mot sur les costumes, qui me semblent totalement inintéressants, mis à part ceux des Bohémiens, ou plutôt des Bohémiennes, et ceux des relieuses grâce a cette belle couleur rouge. Les survêtements/combinaisons gris qui se veulent futuristes du comte et de ses sbires et surtout les tenues de Léonora et d’Inés, ensemble jupe assez longue et veste grises sont laids, le pire étant quand Léonora tombe la veste et montre un chemisier blanc banal et très ajusté et qui ne lui va absolument pas!

J’ai vu ce spectacle deux fois car le Trouvère est un de mes opéras préférés pour sa musique extraordinaire qui nous tient en haleine du début à la fin, sans un moment de répit, les chœurs alternant avec des aria toutes plus belles les unes que les autres., sans parler de la partie orchestrale et je ne voulais pas rester sur une mauvaise impression. J’ai assisté à la représentation du dimanche, la 2ème et j’y suis retournée le samedi suivant pour la dernière. Dimanche c’était presque l »âge de glace ». Les chanteurs m’ont paru « gelés » par la mise en scène et peut-être aussi par une direction d’acteur presque inexistante à mes yeux. Ils ne semblaient pas à l’aise physiquement et , à mon avis, ne vivaient pas suffisamment leur rôle, transmettant peu d’émotion sauf à l’extrême fin. Les voix étaient très belles mais pas suffisamment épanouies, voire un peu coincées par moment, et surtout manquaient de nuances en particulier pour le ténor Ivan Gyngazov pas toujours à l’aise dans les aigus et pour Jennifer Rolley qui chantait presque trop fort et lançait tellement ses aigus qu’elle arrivait quelquefois légèrement au-dessus de la note! Seule Sylvie Brunet-Grupposo a pu faire abstraction de cette froideur ambiante et a su faire vivre pleinement le personnage d’Azucena tant par sa voix que par sa présence sur scène, provoquant chez le spectateur une émotion frôlant la frayeur, à se faire dresser les cheveux sur la tête! … Samedi, même l’orchestre ne semblait pas donner son maximum, un peu laborieux, surtout sur les pizzicati de Ferrando au début, et avec des ralentissements non prévus par la partition pour suivre les chanteurs parfois fatigués. D’ailleurs le public semblait tout aussi glacé que les chanteurs car les applaudissements ne furent pas très enthousiastes et ne durèrent pas longtemps.

Samedi, je m’attendais bien sûr à la mise en scène et j’avais décidé d’en faire quasiment abstraction pour me concentrer sur les voix et l’orchestre, ce qui est dommage quand on est à l’opéra, on y va aussi pour voir!

Donc samedi j’ai cru entendre un autre Trouvère! Tous semblaient bien plus à l’aise. L’orchestre toujours conduit par Pierre Bleuse était plus tonique et enthousiaste, faisant sonner davantage les cordes graves, donnant à l’ensemble une ampleur et une rondeur extraordinaires. Les chanteurs avaient vraiment rencontré leurs personnages. Jennifer Rolley est une Léonora à la voix tout aussi puissante mais bien plus émouvante que samedi, faisant bien entendre les nuances de ses sentiments, projetant les aigus bien plus délicatement, et résistant parfaitement à la difficulté des 4 airs successifs et très difficiles du 4ème acte; Quelle performance! Ivan Gyngazov campe beaucoup mieux le personnage de Manrico. La voix est très puissante et plus nuancée. Cette fois il semble vraiment amoureux de Léonora, mais il lui manque encore un peu de fougue et de panache. Lionel Lhote reste le méchant de l’histoire, il est vrai que la mise en scène le rend encore plus cynique! La voix est belle, large chantant toutes les nuances nécessaires au rôle. Et bien sûr Sylvie Brunet-Grupposo reste une Azucena extraordinaire.

J’ai oublié les chœurs, préparés par Attilio Tomasello, et qui sont particulièrement exceptionnels.

Dimanche le public a retrouvé son enthousiasme habituel et les ovations ont duré longtemps.

Annie Braunstein

Le Trouvère ouvre la saison de l’Opéra de Rouen

Le Trouvère est donné à l’Opéra de Rouen pour l’ouverture de la saison 2021-22. IL reste à ce jour deux représentations, jeudi 30 septembre à 20h et samedi 2 octobre à 18h, au théâtre des Arts.

Vous pourrez aussi le suivre en plein air à Rouen place de la cathédrale et à Gisors devant le château. Le spectacle sera également retransmis dans différents cinémas de Normandie.

Le plateau est exceptionnel et la mise en scène, qu’on pourra discuter, a l’immense mérite de proposer une lecture originale, qui utilise des références visuelles contemporaines, plus accessibles aux plus jeunes qu’aux plus âgés, et qui rompt avec une vision traditionnelle parfois difficile à mettre en scène aujourd’hui. C’est le rôle d’un opéra d’ouvrir des voies nouvelles aux créateurs, ce qui est plus difficile que répéter à l’infini ce que l’on a déjà vu plusieurs fois.

Jean Braunstein

concerts a bois-guilbert

Concert de Feriel Kadour au château de Bois-Guilbert en 2016

Feriel Kaddour donnera deux concerts cet été, l’un avec la soprano Camille Poul (18 juillet) et l’autre pianiste Pierre Fleury (25 juillet).
Concerts à 18h et 19h –

La réservation est vivement recommandée car la jauge est limitée :
 jardindessculpturesboisguilbe­rt@orange.fr

 (il faut préciser l’horaire choisi pour le concert).
 
Le tarif d’entrée comprend :
–       La visite des jardins : site créé par le sculpteur Jean-Marc de Pas, 7 hectares de célébration de la Nature, 70 de ses sculptures jalonnent le parcours
–     Les expositions : « Dénaturaliser, Bouvard et Pécuchet » (en partenariat avec le Frac Normandie Rouen) ; « Femmes éternelles à travers le monde (photographies d’Olivier Martel)


Vous pouvez donc commencer par le concert de 18h et poursuivre par la visite des Jardins, ou inverser l’ordre réjouissances et vous inscrire au concert de 19h. À 20h : pique-nique tiré du sac avec les musiciens.
Tarif : 15 euros (11 euros tarif réduit et adhérents).
 
Au programme de ces deux concerts 
18 juillet : avec Camille Poul.

Programme de mélodies françaises entièrement construit sur des poèmes de Victor Hugo. Œuvres de Liszt, Bizet, Saint-Saëns, Hahn, Fauré, Britten, etc. Pour en savoir plus sur Camille Poul : https://www.camille-poul.com/


25 juillet : avec Pierre Fleury, œuvres de Schumann et Schubert, pour piano à deux et à quatre mains.
 
Ces concerts s’inscrivent dans la programmation de l’Été musical au jardin, qui vous réserve de belles surprises !
10 juillet : Thibaut Reznicek (violoncelle solo)
1er août : Mélusine de Pas, Olivia Gutherz et Nolwenn Tardy (trio violes et violon)
8 août : Jeanne et Emmanuel Coppey (chant et violon)
15 août : Christelle Pochet et Annelise Clément (duo de clarinettes)
Ces quatre concerts auront lieu à 18h, dans les jardins.
Programmation détaillée sur www.lejardindessculptures.com
 
Le Jardin des sculptures, Château de Bois-Guilbert
1108 route d’Héronchelles, 76750 Bois-Guilbert
Possibilités de logement sur place pour ceux qui viennent de loin : chambres au château ou nombreux gîtes dans les environs.

Focus St saëns

L’opéra de Rouen clôture sa saison par un focus Camille Saint-Saens sur trois jours, les 1er, 2 et 3 juillet.

On peut rappeler les attaches normandes de Saint-Saëns, dont la famille paternelle est originaire de la région de Dieppe, ce qui l’a conduit à venir souvent dans cette ville. Ses liens avec le Théâtre des Arts sont également forts, puisqu’il y a créé plusieurs œuvres lyriques, en particulier Samson et Dalila en 1890.

Programmation des trois journées

Jeudi 1er juillet, 20h

CONCERT
Les Siècles s’entourent du violoniste Renaud Capuçon et du pianiste Kit Armstrong pour un voyage dans l’œuvre plurielle du compositeur.
Direction musicale François-Xavier Roth Violon Renaud Capuçon Piano Kit Armstrong Les Siècles

LE PROGRAMME
Camille Saint-Saëns La Jeunesse d’Hercule, poème symphonique, opus 50 Introduction et Rondo Capriccioso, opus 28, pour violon et orchestre
Phaéton, poème symphonique, opus 39
Havanaise opus 83, pour violon et orchestre
Africa
Le Rouet d’Omphale, poème symphonique, opus 31
Concerto pour piano et orchestre n° 5 en fa majeur, opus 103 «Égyptien», 2e mouvement
Le Timbre d’argent, extraits
Danse macabre, poème symphonique, opus 40

Théâtre des Arts Tarif 10€

Vendredi 2 juillet, 20h

CONCERT DE L’ORCHESTRE
Ce concert aux couleurs typiquement françaises vous invite à la découverte de ses grandes œuvres pour orgue.
Direction musicale Ben Glassberg Orgue du voyage Jean-Baptiste Monnot Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie Orchestre Régional de Normandie

LE PROGRAMME
Camille Saint-Saëns Samson et Dalila, Bacchanale
Cyprès et Lauriers, opus n°156
Symphonie n°3 opus n°78 en ut mineur (Symphonie pour orgue)

Théâtre des Arts Tarif 10€

Samedi 3 juillet, 11h
Camille Saint-Saëns et la Normandie CONFÉRENCE Joann Elart, maître de conférence en musicologie à l’Université de Rouen, explore les liens forts qui unissent Camille Saint-Saëns à la Normandie.
Théâtre des Arts Gratuit

Samedi 3 juillet, 18h

Phryné Camille Saint-Saëns, Opéra (version de concert)

Avec ce concert inédit, le Palazzetto Bru Zane et l’Opéra de Rouen Normandie s’associent pour redonner vie à l’un des plus célèbres opéras de Camille Saint-Saëns, sous la direction du truculent Hervé Niquet.
Direction musicale Hervé Niquet
Dicéphile Thomas Dolié
Nicias Cyrille Dubois
Phryné Florie Valiquette Lampito
Anaïs Constans Cynalopex
François Rougier Agoragine /
Le Héraut Patrick Bolleire
Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie Chœur du Concert Spirituel Théâtre des Arts Tarif 10€

HISTOIRE RÉCENTE DE L’OPÉRA DE ROUEN SUR LE BLOG DE FRANÇOIS VICAIRE

Le blog que tient François Vicaire, Théâtre en Normandie, nous propose un retour sur les cinquante dernières années de l’Opéra de Rouen.

On commence par la période André Cabourg/Paul Ethuin

http://theatreennormandie1.over-blog.com1.over-blog.com/2016/10/2-andre-cabourg-paul-ethuin-les-annees-fastes.html

On enchaîne sur la période de transition de Jacques Forestier et Marc Adam, le premier un peu oublié aujourd’hui, le second qui a laissé quelques souvenirs et a réussi à vider l’opéra en peu de saisons.

http://theatreennormandie1.over-blog.com1.over-blog.com/2016/10/3-opera-de-rouen-l-arrivee-des-jeunes-loups.html

Suit la fermeture en 1998, douloureuse période, qui voit cependant repartir l’opéra sous la forme de l’association Leonard de Vinci, autour de Laurent Langlois, Oswald Sallaberger et Laurence Equilbey.

http://theatreennormandie1.over-blog.com1.over-blog.com/2016/10/4-equilbey/sallaberger-l-epine-dorsale-du-projet-langlois.html

Enfin, c’est l’arrivée de Daniel Bizeray, avec une délicate cohabitation avec Laurent Langlois, puis avec le président de Région et le maire de Rouen, qui obtiendront le départ de Daniel Bizeray, qui avait pourtant rempli la salle et dépassé le chiffre de 10 000 abonnés, presque deux fois plus qu’aujourd’hui.

On retiendra cette citation extraite du blog de François Vicaire : « C’est Valérie Fourneyron qui avec une franchise qu’il faut lui reconnaître, donna le ton en lui disant un jour tout de go « On ne vous en veut pas…mais on va vous tirer dessus » »

On termine par un bilan, encore incomplet, de la période Frédéric Roels

http://theatreennormandie1.over-blog.com1.over-blog.com/2016/10/5-ne-tirez-pas-sur-le-directeur.html